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Boîte à outils
Pour comprendre les discriminations racistes
Dialogue imaginaire entre deux habitants
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Texte intégral
« Pourquoi les jeunes de mon quartier
vivent dans cet état d'esprit
La délinquance avance
Et tout ceci a un sens
Car la violence coule dans les veines
De celui qui a la haine
OK je reprends les rênes
Pour faire évoluer ton esprit
Pri-Prisonnier d'un système
Où les règles ne sont pas les mêmes
Suivant ta classe - Yeah
Suivant ton style - Oui
Suivant ta face suivant ta race
Le rouage est bien huilé
Le système bien ancré »
Suprême NTM, Le monde de demain,
in, Authentik, EPIC, 19911.
Nous poursuivons notre présentation de documents ou d’outils auxquels l’un ou plusieurs des membres du Collectif Manouchian ont participé.
1L'outil ci-dessous est un extrait d'un document « trace » d'une action-recherche (2005 à 2009) sur l'enjeu des discriminations racistes2 pour les centres sociaux et l'éducation populaire. Ce travail a été conduit et réalisé par l’IFAR (les quatre auteurs y travaillaient tous à l'époque) dans le cadre d'une commande de la Fédération des Centres Sociaux du Nord, avec le soutien de l’ACSE Nord Pas-de-Calais. Nous reprenons l’une d’entre elle ci-dessous. L'extrait de ce travail ci-dessous a été réalisé plus spécifiquement par Olivier Gaignard et Yvon Fotia, avec le soutien de Jessy Cormont et de Saïd Bouamama. Les illustrations de l’ouvrage ont été réalisées par Julien Lenaerts alias « Okré ».
2Pour cet outil nous avons choisi une forme d'écriture, que nous espérons accessible au plus grand nombre afin qu'il puisse être utilisé par des acteurs de l'éducation populaire lors d'atelier notamment. Il a été réalisé pour des personnes peu familière de lecture scientifique et de son vocabulaire parfois peu compréhensible, soucieuses néanmoins d'accéder à une connaissance scientifique utile à leur combat personnel et collectif pour l'égalité. Le but est de faciliter une compréhension simple de repères théoriques essentiels pour penser la discrimination raciste et éviter quelques pièges d'analyse, l'identifier les processus pour mieux les combattre.
3Le dialogue qui suit est imaginaire tout autant que ses protagonistes. Initialement nous l’avions prévu comme un dialogue entre un philosophe et un habitant. Nous avons renoncé à cette présentation parce qu’il posait une structure hiérarchique en termes de savoirs entre un philosophe (ou un sociologue, un journaliste, un intellectuel, etc.) et un citoyen quelconque. Sur le sujet qui nous concerne, cette hiérarchisation n’est pas de mise. De nombreux philosophes (sociologues, intellectuels, etc.) véhiculent aujourd’hui les cécités et limites que nous avons rencontrées dans le diagnostic conduit, et à l’inverse de nombreux citoyens quelconques s’attachent à ce que ces questions soient objet de mobilisations collectives. Nous avons aussi pensé construire celui-ci comme une discussion entre un français issu de l’immigration et un autre concitoyen. Nous y avons renoncé parce que la logique systémique conduit à l’intériorisation par les premiers concernés des postures dominantes de négation ou de sous-estimation de la question.
4Les deux citoyens qui se rencontrent ici ne se distinguent donc pas à partir d’un critère de diplôme ou de niveau scolaire, ni à partir d’un critère d’origine, ni encore d’un critère « d’objectivité », mais uniquement à partir d’une posture acquise (par un vécu, une expérience, une lecture, etc.,), bref une dynamique de conscientisation amenant à remettre en cause les certitudes dominantes, les évidences les plus admises et les craintes les plus présentes dans notre système social. Nous avons après mures réflexions et hésitations choisi d’appeler Mohamed le citoyen conscientisé sur les questions systémiques pour simplement inverser l’ordre dominant posant la personne issue de l’immigration comme « non distanciée » et les autres comme mobilisant une posture « objective ». Il s’agit bien sûr d’une caricature, de nombreux français issus de l’immigration ont intériorisé les logiques dominantes et à l’inverse de nombreux français qui ne sont pas issus de l’immigration ont conscientisé les inégalités racistes en action…
5Les deux habitants avaient décidé de se retrouver sur la place publique, située en face de la mairie. Ils s’étaient rencontrés la veille au cours d’une conférence-débat organisée par le centre social du quartier, sur le thème des discriminations racistes. La salle avait été comble et le débat très animé. Ayant sympathisé et trouvé le temps du débat trop court, les deux hommes avaient eu envie de poursuivre ensemble le questionnement qu’ils avaient commencé la veille au soir. Ils se rendirent dans un café de Lille. Jean-Pierre prit la parole :
6- Jean-Pierre : Le débat d’hier soir m’a fait beaucoup réfléchir. La discussion était si animée qu’à la fin j’étais complètement perdu et je ne savais plus de quoi les gens parlaient. J’en suis venu à me demander à nouveau : qu’est-ce qu’une discrimination ? Le racisme et la discrimination, est-ce la même chose ?
7- Mohamed : Oui, nous devons clarifier ce que ces mots signifient. Les questions que vous posez sont de la plus haute importance. Les choses ne sont pas évidentes du tout en cette matière. Pour moi, le racisme existe sous différentes formes. Le racisme désigne trois choses qu’il faut distinguer soigneusement : le racisme peut être une idéologie, un préjugé ou une pratique sociale.
8- Jean-Pierre : Je savais que ce sujet était un peu compliqué, mais là, pourriez-vous dire clairement de quoi vous parlez ? Parce que franchement, je ne vois pas très bien. Pour l’instant, vous m’embrouillez plus que vous n’éclairez…
9- Mohamed : Je vais vous expliquer. Trop souvent nous confondons les idéologies racistes, les préjugés racistes et les discriminations racistes. J’entends par idéologie un système d’idées et de représentations dont le discours est conscient de lui-même et sert de justification à une action politique. Les idéologies, ce sont des théories, des doctrines, des courants de pensées. Le préjugé et les discriminations, c’est autre chose…
10- Jean-Pierre : Je vous coupe tout net. Je ne comprends pas grand chose à ce que vous racontez…
11- Mohamed : Ce n’est pas compliqué à comprendre. Prenons un exemple historique que tout le monde connaît : le mouvement nazi prônait une idéologie raciste. Il voulait réaliser une société dans laquelle il n’y aurait eu que des hommes blancs, blonds, aux yeux clairs, et pour cela était prêt à éliminer une bonne partie de l’humanité, comme les juifs et les tziganes, et avec eux les homosexuels et les communistes ou à soumettre en esclavage une autre partie de l’humanité, comme les peuples d’Europe centrale. Le mouvement nazi a besoin d’un discours qui justifie son projet de société et surtout ses crimes. C’est ça une idéologie.
12 - Jean-Pierre : Ah, d’accord ! Vous voulez dire que Jean-Marie Le Pen et les gens du Front National défendent une idéologie raciste quand ils disent que mon gendre Moustapha ne peux pas être tout à fait français parce qu’il est d’origine étrangère. Lui, vous savez l’Algérie, il n’y a mis les pieds que deux fois. C’était quand il partait en vacances avec ses parents. Il ne connaît pas grand monde là-bas.
13- Mohamed : Le front national s’appuie sur une idéologie raciste. Les dirigeants et les militants de ce parti sont conscients d’avoir des idées racistes.
14- Jean-Pierre : OK, OK, j’ai compris ce qu’était une idéologie raciste. Mais tout à l’heure vous disiez que l’idéologie raciste et le préjugé raciste, ce n’était pas la même chose. Vous pourriez m’en dire plus ?
15- Mohamed : Bien sûr. Le racisme existe encore sous la forme du préjugé ou du stéréotype. Un préjugé ou un stéréotype raciste – disons que c’est la même chose pour faire simple3 - est une idée toute faite que l’on a sur les personnes qui appartiennent à un groupe d’origine différente du notre. Par exemple, de nombreuses personnes pensent que les Africains sont naturellement des hommes forts, mais aussi que ce sont des êtres fainéants et dépourvus d’intelligence. Bref, dans leur représentation, les Noirs sont des êtres inférieurs qui ne peuvent qu’occuper des tâches subalternes et qui ont besoin d’être commandés. Ils ont une idée toute faite des Noirs, si bien que, dans leur représentation, un homme ou une femme noirs ne peuvent en aucune façon exercer des responsabilités de cadre dans une entreprise par exemple. L’idéologie et les préjugés ne vont pas forcément de pair, même si le plus souvent l’idéologie raciste s’appuie sur des préjugés. L’inverse n’est pas forcément vrai et on peut être antiraciste et, sans le vouloir, véhiculer des images et préjugés racistes.
16- Jean-Pierre : Et bien, si j’en crois ce que vous dites, j’ai déjà sans le vouloir véhiculé des préjugés racistes alors que je suis sincèrement pour l’égalité.
17- Mohamed : Ah bon ? Que voulez-vous dire ?
18- Jean-Pierre : Je suis enseignant et je me suis retrouvé avec un de mes élèves qui voulait faire une formation de dessinateur industriel. Il aimait bien le dessin et avait de bonnes notes en mathématique. Je l’ai orienté vers une formation d’ouvrier dans le bâtiment parce que je pensais que c’était plus conforme à ses capacités compte tenu des exemples familiaux qu’il avait eu. J’ai aussi fait cela pour le protéger parce que je sais que ce secteur est raciste et que je ne voulais pas qu’il se confronte à cette expérience de rejet. Je croyais bien faire. Franchement j’étais sincère.
19- Mohamed : Votre expérience est fort intéressante. Elle montre qu’un préjugé raciste peut se transformer en discrimination raciste.
20- Jean-Pierre : Mais tout à l’heure, vous disiez que les préjugés racistes et les discriminations, c’est différent…
21- Mohamed : Vous m’obligez à définir ce qu’est la discrimination. Je suis désolé, je risque d’être un peu abstrait dans mes explications.
22- Jean-Pierre : Bah ! Allez-y, lancez-vous, on verra bien.
23- Mohamed : Bon, Ok mais alors on commande une autre bière. Garçon, deux bières belges, s’il vous plaît. Bon d’abord, la discrimination raciste ne se situe pas au plan des idées, mais au plan des pratiques. Tout à l’heure, je vous disais que le racisme peut encore s’exprimer sous formes de pratiques sociales.
24- Jean-Pierre : Oui, c’est vrai. Et je n’avais pas bien compris ce que vous vouliez dire.
25- Mohamed : C’est parce que je n’avais pas fini mon explication. Il existe différentes formes de pratiques racistes : la ségrégation, la violence raciste, qu’elle soit le fait de la police ou d’autres groupements, comme les foules de Blancs qui pratiquaient les lynchages des Noirs américains dans les Etats du Sud des Etats-Unis, etc. La discrimination est une de ces pratiques. Je crois qu’on peut la définir comme un traitement inégal qui frappe des personnes appartenant à des groupes sociaux auxquels sont attribués des signes distinctifs négatifs ou infamants. Ces marques distinctives et négatives peuvent être très différentes : il peut s’agir d’un signe physique, de la couleur de la peau, de l’origine d’une personne, de sa religion… ce sont des stigmates, ils peuvent être plus ou moins visibles, plus ou moins immédiats.
26- Jean-Pierre : Votre définition est peut-être abstraite, mais je comprends bien ce que vous dites. Mon gendre, sa famille, mes voisins, subissent tous les jours des discriminations. Avec votre explication je le comprends alors que, je ne sais pas pourquoi, j’avais tendance à leur dire qu’ils exagéraient… Chaque fois qu’ils font une demande pour un nouveau logement, on le leur refuse : soit ils disent que le dossier n’est pas complet et qu’il manque des papiers, soit ils disent qu’ils n’ont pas suffisamment de ressources pour obtenir un nouveau logement, soit ils disent qu’il n’y a pas d’appartements libres dans certains secteurs. Et c’est sys-té-ma-tique : pour chaque dossier qu’ils envoient aux sociétés de logement social, ils n’obtiennent jamais ce qu’ils demandent. Parfois c’est pire, ils ne reçoivent même pas de réponse. En attendant ils continuent à vivre dans un appartement insalubre dont le propriétaire ne veut pas faire de travaux. Vous trouvez ça normal, vous ?
27- Mohamed : Non. C’est injuste, d’autant plus que d’autres personnes obtiennent satisfaction quand elles font une demande de ce type.
28- Jean-Pierre : De toute façon, ils le font exprès. Vous savez, avec leurs têtes « colorées », les agents administratifs de la société de logement social ne les apprécient pas. Moi, je vous le dis, ces gens là sont des racistes !
29- Mohamed : Ce que vous dites est intéressant, mais je ne suis pas entièrement de votre avis. Vous vous souvenez que tout à l’heure je vous disais que, trop souvent, chacun d’entre nous confondait racisme et discrimination ?
30- Jean-Pierre : Ben oui, le racisme est une idéologie et les racistes sont conscients des idées racistes qu’ils défendent. En tout cas, c’est ce j’ai compris. Avant que tu me répondes, je peux te tutoyer ?
31- Mohamed : Bien sûr.
32- Jean-Pierre : Il se fait tard et je n’ai pas envie de rentrer mais j’ai faim. On commande un sandwich ?
33- Le serveur : Je vous sers quoi ?
34- Jean-Pierre : Moi se sera un jambon beurre et vous avez quoi comme sandwich sans porc ?
35- Mohamed : Non, non un jambon beurre c’est parfait pour moi. Tu sais tous les arabes ne sont pas forcément croyants ou musulmans. A l’inverse des français qui ne sont pas issus de l’immigration peuvent être musulmans. Tu vois, c’est cela une assignation à une origine ou une religion. Mais revenons à la distinction entre racisme et discrimination. Cela peut te paraître bizarre, mais les agents administratifs des sociétés de logement social ont des pratiques discriminatoires, mais ne sont pas pour autant porteurs d’une idéologie raciste. Ils procèdent certainement à un traitement inégal des dossiers administratifs en fonction de l’origine des gens, mais si tu leur dit qu’ils sont racistes, ils te répondront par exemple : « non je ne suis pas raciste. La preuve en est : je vote à gauche depuis toujours et je suis syndiqué. Moi, je suis un humaniste. Je suis même anti-raciste. Tous les hommes sont égaux entre eux, quelle que soit la couleur de leur peau ».
36- Jean-Pierre : Tu es en train de me dire qu’il est possible d’être anti-raciste et d’avoir des pratiques discriminatoires par rapport à des gens d’origine étrangère. Tu ne te moques pas un peu de moi par hasard ?
37- Mohamed : Non, je ne me moque absolument pas de toi. Tu m’as parfaitement compris. Un individu peut être sincèrement anti-raciste et se révéler discriminant dans sa pratique quotidienne ou dans son activité professionnelle.
38- Jean-Pierre : Avoue que tout ça mérite une explication. Comment est-ce possible ?
39- Mohamed : Oui, tu as raison de poser cette question. Mais avant tout, je voudrais examiner quelques définitions avec toi. Je pense qu’il faut d’abord distinguer les discriminations directes et les discriminations indirectes. Les discriminations directes sont des actes volontaires et intentionnels. Les discriminations indirectes ne sont pas intentionnelles. Ce sont des traitements inégalitaires de certains groupes, sans qu’il y ait forcément une intention de nuire aux groupes ou aux individus discriminés.
40- Jean-Pierre : Bon, je comprends bien ce que sont les discriminations directes. Il y a deux jours, mon ami Kader est allé dans une agence d’intérim pour déposer son CV et faire acte de candidature pour un emploi saisonnier de manutentionnaire. La personne qui l’a reçu en entretien lui a répondu que son dossier était irrecevable et qu’elle ne pouvait pas l’enregistrer. Elle ne lui a donné aucune explication, mais c’était sûrement parce qu’il n’était pas de la bonne couleur et que son nom de famille a des consonances étrangères.
41- Mohamed : Voilà, ton ami a fait l’expérience d’une discrimination directe. La chargée de recrutement de l’agence d’intérim l’a discriminé directement : c’est une discrimination intentionnelle.
42- Jean-Pierre : Bon, tu vois bien, cette personne de l’agence d’intérim est raciste, puisqu’elle le discrimine intentionnellement, c’est toi-même qui le dis.
43- Mohamed : Holà ! Tu vas un peu vite en besogne. Je ne dis pas : qu’ici ou là, dans les différents établissements, on ne trouve pas quelques personnes racistes, de façon isolée, c’est très probable. Mais encore une fois ce sont plutôt des exceptions.
44- Jean-Pierre : Bon sang, mais expliques-toi alors ! Comment la chargée de recrutement de l’agence d’intérim peut-elle ne pas être raciste alors même qu’elle discrimine intentionnellement mon ami ? Je n’y comprends plus rien.
45- Mohamed : La chargée de recrutement de l’agence d’intérim pratique une discrimination directe. Elle refuse d’enregistrer la demande de ton pote. Seulement, il faut se demander pour quelle raison elle n’enregistre pas sa demande volontairement. Il se peut qu’elle soit raciste, certes. Mais il se peut aussi qu’elle obéisse à un « code couleurs » qui l’informe que l’employeur refuse les candidats d’origine étrangère. Cela est complètement illégal, mais c’est une pratique courante dans les agences d’intérim. Et même si le code couleurs n’est pas en usage. Un employeur a pu lui dire au téléphone : « je ne veux pas de personnes d’origine étrangère », ou « je ne veux que des "français de souche" ».Tu vois. La chargée de recrutement se retrouve avec ça sur les bras. Soit elle n’accepte pas le critère de recrutement discriminatoire de l’employeur et alors elle risque de perdre l’offre d’emploi. Soit elle l’accepte, mais cela signifie qu’elle doit appliquer le critère discriminant fixé par l’employeur. Dès lors, la chargée de recrutement peut être sincèrement anti-raciste et appliquer directement un critère discriminant de manière intentionnelle. Tu vois ici nous sommes à la frontière entre une discrimination directe à cause de son origine (parce que consciemment on ne veut pas une personne sur ce critère par préjugé ou par idéologie) et une discrimination directe « non-raciste ou neutre » (parce que l’impulsion du traitement discriminatoire ne vient pas de l’agent). Pour ton ami le résultat est le même. Il est discriminé quelle que soit la cause réelle et la caractérisation de la discrimination.
46- Jean-Pierre : Bon d’accord, je comprends mieux ce que tu entends par discrimination directe. Mais alors, les discriminations indirectes ?
47- Mohamed : Oui, je reprends ma définition. Ce sont des discriminations que l’on peut référer à une situation objective de traitement inégalitaire, sans qu’il y ait une quelconque intention de discriminer par rapport à un critère lié à l’origine.
48- Jean-Pierre : Situation objective de traitement inégalitaire… Houlala ! Tu ne peux pas parler comme tout le monde ! Bon, concrètement, ça veut dire quoi ?
49- Mohamed : S’est vrai, j’utilise des définitions abstraites, mais cela m’aide à comprendre. Comme tu le sais certainement, dans beaucoup d’entreprises les remplacements des personnes en congés l’été sont réservés en priorité aux enfants du personnel. C’est une tradition d’embauche qui semble anodine. Ainsi, pour beaucoup de fils ou de filles des employés de l’entreprise, c’est l’occasion d’avoir une première expérience du travail.
50- Jean-Pierre : Ah, oui ! Mon voisin de pallier est dans une entreprise de ce type, c’est une entreprise de la Grande distribution. Il y est rentré il y a vingt ans, et depuis son fils aîné y a fait sa première expérience de travail en tant qu’employé. Et là, il a fait rentrer sa fille en stage de comptabilité dans cette même entreprise le mois dernier, parce qu’elle a mieux réussi à l’école que son frère. Tant mieux pour elle ! Au moins elle n’a pas traîné au chômage, parce qu’après ça, elle a plus vite trouvé un emploi définitif !
51- Mohamed : Oui, tant mieux pour elle. Mais réfléchissons un instant. Cette pratique n’est-elle pas inégalitaire ? En effet, elle favorise les gens dont les familles sont déjà présentes dans l’entreprise, et si celle-ci ne reflète pas la composition de la population du territoire, et en particulier si l’entreprise n’intègre pas les familles immigrées du coin et bien cette pratique là renforce les difficultés d’accès à l’emploi ou à des stages des enfants de ces familles.
52- Jean-Pierre : Tu as raison. Maintenant que j’y pense, c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’immigrés dans cette entreprise et lorsque la fille de mon ami Kader a voulu y faire un stage il y a quelques années, on lui a répondu que toutes les places de stages étaient prises. Et j’ai vérifié auprès de mon voisin. Et c’était vrai qu’il n’y avait plus aucune place. Ce n’était donc pas de la discrimination directe, comme on l’a définie précédemment.
53- Mohamed : Eh bien, une entreprise dont la tradition d’embauche ou de stage favorise les individus dont les membres des familles sont déjà salariés dans celle-ci pratique une discrimination indirecte. Elle défavorise systématiquement les personnes qui n’ont pas de liens familiaux avec des salariés. Elle opère donc un traitement inégal des individus. Et pourtant, qui pourrait dire que le recruteur a clairement l’intention de ne pas recruter les fils et les filles d’immigrés ? Personne, d’autant plus que ce n’est certainement pas lui qui a défini cette politique de recrutement. Il pouvait éventuellement ne pas encore être en poste quand cette pratique d’embauche a été adoptée. Objectivement ce n’est pas de la discrimination directe, mais par son résultat c’est un cas de discrimination.
54- Jean-Pierre : C’est donc ça que tu appelles une discrimination indirecte !
55- Mohamed: Oui, c’est cela. Si tu le permets, je voudrais encore te parler d’une dernière catégorie de discrimination. C’est ce qu’on appelle les discriminations systémiques.
56- Jean-Pierre : Va-y. Je t’écoute mais on recommande une bière.
57- Mohamed : Ça marche. Garçon, la même chose s’il vous plait ! Alors les discriminations sont systémiques quand elles relèvent des effets globaux du système social.
58- Jean-Pierre : Ça y est ! Tu recommences à ne plus parler comme tout le monde ! Si tu peux être plus simple s’il te plaît !
59- Mohamed : Ce n’est qu’une définition générale. Elle est vide de sens si on ne la réfère pas à des mécanismes sociaux concrets de discriminations. En fait, ça veut dire qu’il existe des discriminations qui ne sont pas produites seulement par les individus, mais avant tout par les systèmes sociaux dans leur ensemble. Si on reprend l’exemple précédent, on peut comprendre que discrimination indirecte et discrimination systémique ce n’est pas la même chose. Si on s’arrête à la situation précédente ce n’est que de la discrimination indirecte. Maintenant s’y on se réfère à une histoire sociale particulière, par exemple celle du Nord de la France, alors on peut voir que ce type de mécanismes lorsqu’il est couplé à d’autres mécanismes forment un système complexe de processus qui se renforcent les uns avec les autres et qui produisent objectivement de la discrimination. C’est précisément cela que l’on qualifie de discrimination systémique.
60- Jean-Pierre : Tu recommences à parler chinois ou arabe comme tu veux mais je n’y comprends rien.
61- Mohamed : Pardon. Je vais reprendre mon exemple pour mieux mettre en évidence ce que cela veut dire. Dans l’exemple du Nord Pas-de-Calais, la discrimination indirecte qui consiste à favoriser les stages ou des CDD saisonniers pour les enfants des salariés, s’associe également avec le fait qu’il y a peu de parents immigrés dans l’entreprise, mais aussi avec la faible mobilité professionnelle des salariés de ce type d’entreprises et d’autres critères. Considérée isolément cette pratique n’est qu’une discrimination indirecte. Conjuguée avec les autres facteurs, ils forment un système qui produit des discriminations qui se renforcent et se conjuguent.
62- Jean-Pierre : Ouais on dirait un cercle infernal où chaque cause en entraîne une autre. Tu as raison c’est un véritable système.
63- Mohamed : Et oui tu vois que tous ces facteurs se lient et se renforcent pour constituer un processus complet qui concourt à la discrimination d’une ou de plusieurs catégories de population, et ici qui exclue tendanciellement plus fortement les enfants d’immigrés. Parce qu’au bout du compte, l’exemple de la tradition d’embauche saisonnière des membres de la famille, tend à favoriser les familles implantées dans une région depuis plusieurs générations. C’est un des éléments d’une discrimination systémique. Il y a là un système social qui produit de la discrimination, indépendamment de l’intention des individus qui participent à ce système, puisque le système fonctionnait avant eux. Et s’ils ne prennent pas conscience des discriminations que le système produit, le système continuera de fonctionner sans eux, bien après leur départ, quand les personnes chargées des ressources humaines et du recrutement prendront leur retraite par exemple. Pour que le système discriminatoire s’arrête, il faut en briser la logique.
64Cela signifie concrètement que pour supprimer la discrimination raciste à l’embauche, nous devons agir sur tous les critères qui contribuent plus ou moins directement (la politique de recrutement saisonnière des enfants des salariés) ou indirectement (la mobilité géographique), plus ou moins fortement au fonctionnement du système. Si l’on agit seulement sur l’un des facteurs, à coup sûr cela ne permettra pas de changer le fonctionnement d’ensemble. Après une période transitoire, qui ne verra qu’un des facteurs changer, le système retrouvera un fonctionnement stable et discriminatoire. Sans cette approche globale, le système peut continuer longtemps, longtemps, longtemps… et même si j’agis sur un des facteurs, le système retrouvera un nouvel équilibre sans que sa nature discriminatoire fondamentale ne change4. Un peu comme un culbuto revient toujours à une position d’équilibre. Pour pouvoir agir, il faut avant tout comprendre comment marche ce système, quels facteurs jouent (dans un sens et dans l’autre sens parfois, en réduisant les discriminations) : mais on ne peut comprendre les discriminations systémiques que lorsqu’on les replace dans le contexte historique des fonctionnements sociaux qui y président.
65- Jean-Pierre : C’est compliqué mais je sens que c’est important. En tout cas pour moi qui me suis toujours battu pour l’égalité sociale je sens que je dois comprendre ce mécanisme. Si j’ai bien compris tu veux dire que ces discriminations systémiques qui excluent systématiquement les immigrés et leurs enfants sont très difficiles à repérer ? Pourtant il suffirait de repérer ce qui vient systématiquement pour les combattre.
66- Mohamed : Il ne faut pas confondre systématique et systémique. La discrimination systémique ne veut pas dire systématique : et même dans la plupart des cas les discriminations systémiques ne sont jamais tout à fait systématiques5. Il y a de nombreuses exceptions qui brouillent et masquent la réalité des discriminations existantes : certaines personnes passent par les mailles du filet, et c’est pour cette raison qu’on pense justement qu’elles n’existent pas car il y a des contre-exemples. C’est d’ailleurs de là que viennent tous les discours actuels sur l’égalité des chances. Le raisonnement que les gens tiennent est ce que les philosophes appellent un sophisme qui affirme que, puisqu’il y a des personnes qui s’en sortent alors, dans ce cas, il suffit de vouloir s’en sortir pour s’en sortir réellement. Dès lors qu’il y a égalité des chances, alors il n’y a pas discrimination et donc qu’il suffit de rechercher l’égalité des chances pour qu’il n’y ait pas discrimination. L’« égalité exceptionnelle » masque les discriminations. L’arbre d’une réussite cache la forêt des discriminations.
67- Jean-Pierre : Attends, pas si vite ! Tu viens remettre en cause mes certitudes et après tu tires des conclusions trop rapides pour moi. C’est quoi cette histoire de sophisme ?
68- Mohamed : Un sophisme c’est un raisonnement qui est logiquement juste mais qui s’appuie sur des bases - ce qu’on appelle des prémices – fausses. C'est-à-dire que le point de départ du raisonnement est faux, même si l’enchaînement de ce raisonnement est juste. Avec des prémices fausses, même avec un raisonnement exact on n’obtient que des conclusions fausses. Les hommes politiques sont des spécialistes du genre : ils nous présentent souvent des raisonnements très justes mais qui s’appuient sur des bases fausses et sur lesquelles ils passent rapidement, ou qu’ils n’examinent pas de trop près.
69- Jean-Pierre: Ah oui ça y est, je vois. Je suis président d’un centre social et franchement on en rencontre beaucoup des sophismes comme cela avec nos financeurs ou avec les élus municipaux. Si j’ai bien compris tu dis que la base sur laquelle s’appuie ce raisonnement c’est que même s’il y a des personnes qui s’en sortent, il y a le système des processus discriminatoires, qui jouent et donc le fait qu’elles s’en sortent n’indiquent pas qu’il n’y a pas de discriminations.
70- Mohamed : Oui, tout à fait tu as raison.
71- Jean-Pierre : Mais finalement est-ce qu’il n’existe pas de nombreux systèmes de discrimination ?
72- Mohamed : Il en existe en tous cas dans de nombreux domaines de la vie : l’emploi, bien sûr, mais aussi le logement, l’école, les rapports avec la police ou l’administration et les services publics, l’accès à la vie politique…
73- Jean-Pierre : Oui ça je sais bien, c’est mon lot quotidien ! En tant que militant antiraciste j’ai mené de nombreux combats. Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi la plupart des gens refusent de voir que les discriminations existent, alors même qu’on les retrouve dans de nombreux domaines de la vie. Comment peut-on être aveugle à ce point concernant l’existence des discriminations et souvent en toute bonne foi ?
74- Mohamed : Ta question me donne le vertige. Mais j’ai peut-être un élément de réponse. Le sociologue P. Bourdieu dit quelque part que la méconnaissance d’un système social contribue à sa reproduction et à son bon fonctionnement. C’est un peu la même chose ici. Reconnaître l’existence des discriminations racistes suppose de vouloir les connaître pour les combattre. Nier leur existence, ou ne pas leur donner leur exacte mesure, en particulier en les compartimentant dans ces différents domaines, ou encore ne pas vouloir les connaître – pour beaucoup d’élus locaux, il y a « trop » d’études sur les discriminations –, sont d’une certaine manière la condition de leur perpétuation. Le refus de reconnaître l’existence des discriminations est un effet qui appartient pleinement au système social qui produit de la discrimination. Cela veut encore dire que le système qui préside aux processus comporte de fait les conditions qui conduisent et influent sur notre perception, et parvient à maintenir notre jugement dans le cadre de ce fonctionnement là : nous sommes aveugle aux discriminations parce qu’elles sont intégrées à notre perception et à notre jugement, incorporées à notre être social comme étant naturelles…
75- Jean-Pierre : Au point que certaines personnes refusent de reconnaître que les discriminations existent alors même que les institutions dans lesquelles elles travaillent contribuent à ces discriminantes sans s’en rendre compte !
76- Mohamed : Exactement. Il faudrait cependant aller encore un peu plus loin dans notre réflexion.
77- Jean-Pierre : Qu’est ce que tu veux dire ?
78- Mohamed : Et bien il ne suffit pas de reconnaître l’existence de discriminations racistes. Il y a des personnes qui reconnaissent l’existence des discriminations, mais qui disent : « vous savez, on ne peut rien faire ». Ou d’autres encore, qui imputent les discriminations vécues à des défauts ou des défaillances supposées des personnes discriminées ! Avec ces réactions on contribue à la reproduction des discriminations racistes.
79- Jean-Pierre : Je crois comprendre ce que tu veux dire. Quand la fille de mon ami Kader est sorti de son rendez-vous avec l’agence d’intérim, elle était tellement en colère qu’il est parti à la Mission locale pour raconter ce qui venait de lui arriver. Et bien tu sais quoi ?
80- Mohamed : Non. Dis-moi.
81- Jean-Pierre : Elle a été reçue par un conseiller en insertion professionnelle de la mission locale qui écoute attentivement son histoire. Mais au lieu de lui proposer de déposer plainte auprès du procureur de la République, ou de l’orienter vers un centre social pour agir collectivement, il lui propose un rendez-vous chez le psychologue ! Et ce type, il renchérit : si t’arrives pas à décrocher du boulot, c’est parce que t’es trop agressif, que tu ne donnes pas une bonne image de toi, tu ne sais pas te vendre, et patati et patata. La fille de mon ami après ça, elle était encore plus mal !
82- Mohamed : Et il y a de quoi ! A travers l’histoire de la fille de ton ami, tu touches un point crucial des discriminations. Elles créent de la souffrance sociale à un double titre : d’abord parce que ce sont des injustices intolérables et ensuite, parce que ces mêmes injustices ne sont pas reconnues socialement, les victimes de discriminations passent pour être les responsables des injustices qu’elles subissent. Un système pareil produit plus que de la souffrance : il détruit les individus, surtout quand les mêmes évènements se répètent. Mais il y a peut-être plus grave encore.
83- Jean-Pierre : De quoi veux-tu parler ?
84- Mohamed : C’est une idée difficile à soutenir, mais je pense que ça vaut la peine de la présenter. Tout à l’heure nous disions que la discrimination systémique était la manifestation des discriminations révélatrices du fonctionnement des systèmes institutionnels et sociaux, n’est-ce pas ?
85- Jean-Pierre : Oui, c’est bien ça.
86- Mohamed : Et bien, dans ce cas, il y a fort à parier que les discriminations systémiques sont produites par les institutions, autrement dit que l’État contribue grandement à les fabriquer.
87- Jean-Pierre : Comment cela est-il possible ? La République française n’est-elle pas anti-raciste par définition ? L’article premier de la Déclaration des droits de l’homme de 1789 ne dit-il pas que tous les hommes naissent libres et égaux en droits, quels que soient la couleur de leur peau ou leur religion ?
88- Mohamed : Ce n’est pas la première fois que des principes institutionnels sont démentis par les pratiques de ceux-là mêmes auxquels est confiée la tâche de les mettre en œuvre. Le principe d’égalité des hommes est un principe juste. L’institution chargée de l’appliquer peut avoir tendance à faire le contraire de ce qu’elle dit faire. Par exemple lorsqu’elle perçoit les jeunes français issus de l’immigration comme des personnes à « intégrer » ou ayant des difficultés « d’intégration » alors qu’ils sont nés français, elle ne pense pas en terme d’égalité de traitement mais en terme « d’handicaps », « d’inadaptations », de « retards ». La source de l’inégalité est posée dans cette logique intégrationniste dans la personne (sa culture, sa religion, son comportement) et non dans le traitement inégalitaire que subit ce citoyen.
89 - Jean-Pierre : Encore un gros mot ! Rien ne t’arrête…
90- Mohamed : Non, non, non. Ce que j’appelle « l’intégrationnisme » est une logique sociale et une logique d’État. Elle consiste à considérer que les inégalités ne sont en fait que le résultat d’une intégration insuffisante des personnes. Cette façon de penser n’interroge plus le système social sur les inégalités qu’il produit mais considère que les causes viennent d’une inadaptation des personnes discriminées. Bref le modèle d’intégration, sans le dire ouvertement, place les immigrés comme des sauvages qu’il lui faut civiliser… dès lors il est lui-même une composante des processus de discriminations systémiques à l’œuvre.
91- Jean-Pierre : Ah, oui ! Je vois bien à quoi tu fais référence ! Qu’est-ce que ça peut être énervant les gens qui disent à mon ami Kader avec qui j’ai tous fait depuis l’enfance : « toi, tu ne manges pas avec des fourchettes, t’es pas intégré à la société française ». Ils ne se rendent même pas compte qu’il est français, que son fils est français ! Ça fera bientôt quatre générations qu’il est en France et on le traite encore comme un étranger. Quand ils lui parlent, j’ai l’impression qu’ils parlent à un étranger qui vient d’arriver ! Et encore, certains étrangers qui arrivent, parlent parfaitement français. La fois dernière, à la mairie, il est allé demander un formulaire à l’état civil. C’est à peine si le fonctionnaire en face de moi n’a pas commencé à lui parler petit nègre, comme s’il ne comprenait pas le français. Il lui a dit gentiment : vous savez Monsieur, je suis né en France, je parle français couramment… Franchement à sa place j’aurais tout foutu en l’air.
92- Mohamed : Voilà un exemple très concret des effets de la logique intégrationniste ! En fait, l’intégrationnisme repose sur une idée aberrante. Il fait comme si les personnes issues de l’immigration étaient de culture différente alors même qu’elles sont nées en France, qu’elles ont été socialisées en France, etc. De cette manière, il contribue à produire socialement les différences, et on aboutit à ce que tu dis : des fonctionnaires qui supposent que les personnes issues de l’immigration sont culturellement différentes d’eux et ne savent pas parler le français, alors que ces mêmes personnes sont les purs produits de la société française !
93Le soir tombait et l’entretien s’achevait. Les deux amis sortirent du café et rentrèrent chez eux ensemble, en flânant. Ils arrivèrent bientôt devant la salle polyvalente de la municipalité où se tenait une réunion conviant les habitants et leurs élus sur le thème des politiques publiques de lutte contre les discriminations. D’un commun accord, les deux citoyens décidèrent de s’y rendre ensemble. Maintenant qu’ils avaient mieux compris l’un et l’autre comment les discriminations fonctionnaient à l’échelle de leur ville. Ils aspiraient ardemment à se mobiliser pour que dans le centre social de leur quartier la lutte pour l’égalité inclue de manière centrale la lutte contre les discriminations racistes.
Notes
1 Nous avons utilisés dans ce document « trace » plusieurs extraits non exhaustifs de chansons (rap, « chanson française», reggae, rock alternatif, etc.). En plus de leurs esthétiques et de leurs pertinences propres, il s'agit pour nous de montrer que les discriminations racistes sont parlées depuis longtemps à travers l'art sans qu'elles soient entendues, car cette forme de savoir n'est pas considérée comme suffisamment légitime.
2 Saïd Bouamama (dir.), Jessy Cormont,, Yvon Fotia et Olivier Gaignard, Les Centres Sociaux à l’épreuve de l’égalité. « Mémoire d’une expérience de lutte contre les discriminations racistes », Fédération des Centres Sociaux du Nord Pas-de-Calais, ACSÉ, IFAR, 2007.
3 Mohamed dit cela car un préjugé ou un stéréotype ce n’est en fait pas la même chose : cf. le « glossaireGlossaire critique des notions liées aux discriminations racistes, sexistes, classistes » pour comprendre cette différence…
4 Il existe des exceptions, mais nous ne complexifierons pas plus cette présentation.
5 Il existe même des cas limites de discrimination systématique où ceux qui sont discriminés sont minoritaires…
