Discrimination systémique
Discrimination systémique
Éditorial du numéro 3
1L’existence des discriminations racistes et la nécessité de lutter contre celles-ci ont fait l’objet d’un combat durant ces dernières décennies qui a mené à leur reconnaissance, à la fois politique et sociale en France aujourd’hui. Le retard de la recherche sur ces questions qui handicapait cette reconnaissance, est en train de se réduire, même si beaucoup reste encore à faire. Au fil des différents travaux scientifiques émergent différents concepts dont celui de discrimination systémique pour qualifier dans l’ensemble les processus sociaux globaux qui maintiennent les mécanismes inégalitaires touchant les groupes sociaux discriminés. Si ce concept est repris dans le débat public et dans les notions largement véhiculées pour appréhender à large échelle ces questions, il souffre d’une faiblesse conceptuelle qui ne peut que contribuer à limiter la capacité à lutter globalement contre les discriminations dans notre société, aujourd’hui.
2Il s’agit à la fois ici de déconstruire les usages et les effets du discours sur la discrimination systémique à travers l’existence d’un discours du « systémique » qui véhicule en particulier des effets d’impuissance (lui-même mécanisme systémique). Il s’agit également de ne pas se contenter de l’analyse du discours mais de faire des propositions conceptuelles pour faire avancer et proposer des contributions à l’analyse systémique de la discrimination. Au risque sinon que la discrimination systémique ne contribue à un discours d’impuissance. Ce discours produise lui-même une posture de l’impuissance qui est une des dimensions systémiques des discriminations. Ce discours d’impuissance se servant d’arguments s’appuyant sur un « principe de la boîte noire » : c'est-à-dire que la discrimination devrait être considérée comme une boîte noire, dans laquelle des processus se déroulent, mais trop complexes pour qu’on puisse les comprendre. Et donc il ne serait pas intéressant d’aller voir ce qu’elle contient. L’ensemble permettant de justifier en autre des approches « cosmétiques » (qui resteraient donc à la surface des choses) de la lutte contre les discriminations, une métonymie (inversion des causes et des conséquences) en la matière, également, etc.
3Il s’agit donc d’ouvrir la boîte noire et de commencer à sortir de la boîte les différentes parties du système (« moteurs », « boîtiers de commande », « transmissions », « systèmes de communication », « coques de protection », etc.) et de comprendre comment ils fonctionnent et s’agencent, même si ce travail a déjà été fait en partie pour certains éléments ; il s’agit de proposer aux acteurs, des outils d’analyse du système, pour repérer les fonctionnements : comment ils y participent, à quelle conditions peut se construire des actions de lutte contre les discriminations s’appréhendant dans un contexte systémique, etc.
4Il s’agira ainsi d’explorer, à travers ce numéro de la revue, les trois dimensions suivantes pour éclairer la connaissance qu’on peut avoir de la question de la discrimination systémique :
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La discrimination systémique est d’abord un enjeu de discours et de compréhension de mécanismes globaux qui émergent de l’histoire de la prise en compte des discriminations racistes dans la société française. Pouvoir mettre des mots sur des mécanismes vécus et appréhendés directement par les premiers concernés.
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La discrimination systémique est aussi un enjeu d’appréhension de mécanismes globaux et d’articulation du micro et du macro, de la dialectique de l’individuel et de l’holiste au cœur historiquement de l’épistémologie sociologie, pour comprendre les mécanismes de discriminations qui lient les trajectoires individuels de ceux qui y sont confrontés avec les mécanismes globaux en jeu dans ceux-ci.
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La discriminations systémique doit être plus que d’autres formes de discrimination replacée dans les mécanismes de domination au cœur de notre société et dans une approche sociologique des processus capitaliste qui sous-tendent les représentations, la place faite aux différents groupes sociaux marqués par des processus d’identification/stigmatisation que sont les immigrés et leurs descendants, mais également les femmes, les jeunes, les classes populaires, etc.
